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Les délinquants ne veulent qu’une chose: « tuer du flic »

août 17, 2010

L’ex-commandant de police Patrick Trotignon a travaillé pendant 30 ans dans le 93. « Ecoeuré », il raconte au Post.

Il s’est reconverti dans la formation et l’accompagnement d’officiers au syndicat Synergie-Officiers. Après trois décennies dans la police en Seine-Saint-Denis, dont il est originaire, le policier Patrick Trotignon, 51 ans, n’en pouvait plus, il se sentait « inutile. » Il s’explique sur le Post.

Pourquoi avez-vous arrêté?
« J’étais écoeuré. J’avais l’impression d’être un ventilateur qui ne faisait que brasser de l’air. J’en pouvais plus d’être inutile. Il fallait faire du chiffre, compter les points, les ‘bâtons’ comme on dit, c’était la ‘bâtonnite aiguë.’ J’interpellais les gens, je lançais la procédure, et ceux que je venais d’interpeller étaient aussitôt remis en liberté. Je me demandais : ‘Mais je sers à quoi ?' »

Qu’est-ce qui vous pesait le plus?

« L’impunité des jeunes délinquants dans les zones où la criminalité est présente, et le manque de respect. La police est de moins en moins respectée, et ça va crescendo. A Villiers-le-Bel ou Grigny, les jeunes tirent sur la police avec des fusils de chasse. Ils utilisent des balles Breneck pour sangliers ! C’est pas pour nous chatouiller… »

Quelle est la délinquance actuelle dans le 93?

« Elle a beaucoup changé et augmenté. On est passés d’une petite délinquance traditionnelle à une criminalité organisée, avec une économie souterraine et d’importants trafics de drogue. Au début de ma carrière, on était trois pour une interpellation dans la cité des 3 000 à Aulnay-sous-Bois. Maintenant, c’est BAC, CRS,…sinon on se fait démolir. Aujourd’hui, les jeunes délinquants ne veulent plus seulement en découdre avec la police, ils veulent tuer du flic. Jusqu’où ça va aller? C’est ça qui me fait très peur. Jusqu’ici, les policiers maintiennent un sang-froid hors du commun, ils font un travail admirable. »

Les trafics de drogue ont réellement augmenté?
« Oui. La délinquance a intégré la vie publique normale. Comment voulez-vous qu’un jeune qui gagne 2 ou 3 fois le SMIC en trafiquant accepte ensuite un boulot au SMIC? D’autant plus qu’il ne craint rien. C’est bien organisé. Sous les ordres des caïds, certains jeunes touchent par exemple 150 euros pour surveiller pendant une heure ou deux si la police arrive. Mais les délinquants des cités restent une minorité, c’est une poignée d’individus qui pollue la cité. »

Quel est le quotidien des policiers?
« La pression augmente, et les conditions de travail sont beaucoup plus difficiles. On a des horaires de fous. Exemple : il est 18h30 et je finis mon service à 19h. Une affaire tombe, on m’amène un interpellé qui avait de la cocaïne dans sa voiture : garde à vue, scellé du véhicule, de la drogue, perquisition à préparer. Je rentre chez moi à minuit et je me lève à 5h pour être à 6h à la perquisition. La journée est longue, le midi je mange pas, pas le temps, et je veux respecter le délai de la garde à vue. Au final, j’ai bossé deux jours non-stop, et, une heure après, la personne est remise en liberté! C’est frustrant. »

D’où vient le problème de l’impunité?

« Dans le 93, il y a un énorme problème : le tribunal de grande instance de Bobigny est le 2è de France, et le 1er pour le tribunal pour mineurs. En fin de procédure, quand j’appelle le substitut du procureur qui prend la suite du dossier, je peux attendre 2h30 au téléphone pour l’avoir! C’est pas possible. Il y a sûrement un manque d’effectif, une évolution des mentalités, et un fort dogmatisme de certains hauts placés. »

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